Quels sens donner à "Jeûne pour le climat" ?

Publié le

L'expression "Jeûne pour le climat" a de quoi surprendre ! Comment en effet jeûner pourrait-il toucher en quoi que ce soit le climat de la Planète même si la part humaine dans son réchauffement s'avère indiscutable ? D'autant qu'une spirale funeste et indomptable semble désormais s'être installée : le permafrost fond, libère dans l'atmosphère des quantités de méthane qui sous l'action du soleil fonctionne comme une large couche chauffante. Le dégel des sols se poursuit, le taux de méthane dégagé augmente … et le cycle continue sans possibilité de le stopper et encore moins de l'inverser ... même dans le cas tout à fait utopique où les émissions carbone d'origine humaine cesseraient. Dans l'état actuel de nos connaissances et de nos prévisions la perspective est donc assez désolante !

Que peut donc bien signifier dans ces conditions jeûner « pour » le climat ? Que cherchent ceux qui invitent à se priver ainsi de repas[1] le premier de chaque mois jusqu'en décembre 2015, date de la prochaine conférence mondiale sur le climat, organisée par l'ONU ?

En fait cette curieuse expression vient de l'anglais Fast for the climate fast signifie à la fois jeûne et urgence. Intraduisible en français ! Mais même avec ce jeu de mot la formule demeure étrange et laisse perplexe. Une présentation du projet expose tout de même son objectif intéressant mais indétectable dans son titre. Elle invite en effet à jeûner « en solidarité avec les victimes des changements climatiques ». La proposition prend alors du sens. Elle rejoint même le jeûne de personnes qui, en désespoir de cause, choisissent de protester de la sorte contre de graves injustices, au risque de leur santé et parfois de leur vie.

Ce jeûne de solidarité est par ailleurs motivé par la conscience d'une responsabilité des pays nantis. Leur gestion égoïste et sans retenue des ressources énergétiques influe en effet sur le réchauffement climatique. Et les populations victimes de ce drame doivent maintenant fuir une élévation des eaux qui menace de noyer de larges régions côtières fortement habitées. Ailleurs les terres imbibées d'eau salée rendent des îles incultivables ... Des mouvements migratoires s'ensuivent vers des régions moins mal loties mais qui, on le comprend, ne voient pas toujours d'un bon œil l'arrivée de ces réfugiés en quête de nourriture, de travail et de résidence. Jeûner en solidarité avec ces « déplacés » c'est reconnaître à la fois notre implication collective dans les situations qu'ils subissent et leur témoigner compassion et solidarité. L'action, concrètement tout à fait inefficace, se veut pourtant symbolique d'une prise de position comparable à celles d'autres manifestations organisées par exemple « pour » défendre des populations démunies, aux ressources exploitées sans vergogne par des pays riches, et enfoncées par ce vol dans la pénurie économique !

Il existe encore une autre raison pour soutenir ce jeûne, celle de se dresser contre une culture de consommation effrénée source de dégâts écologiques et de gaspillages révoltants. Jeûner marque alors symboliquement le refus de pratiques nuisibles à la santé et opposées à la solidarité humaine avec les plus pauvres, mais aussi la volonté d'opter pour de nouvelles politiques de consommation et de partage.

« Jeûner pour le climat », une formule incorrecte ! Mais l'emballage contestable des mots contient un message à prendre très au sérieux.

MICHEL DAGRAS

[1] Un collectif d'organisations interconfessionnelles et laïques, dont Pax Christi, réuni à Paris le 4 juin dernier.

Commenter cet article